Il y a quelque chose

 de la caverne d'Ali

 Baba,  ici. Avec plein  de

 coins et recoins. De l'ombre - assez pour que j'y aie perdu ma fille certain jour. Par la suite je sus où la dénicher... Couchée sur la moquette, pouce à la bouche, dans le coin des livres pour enfants, bien sûr... Bonheur de la librairie, dite « générale » ! C'est un peu comme une quincaillerie de province. « Verrous et croix de grilles...» disait magnifiquement le poète Jean Follain.

N'y sent-on pas à notre tour, furetant à travers tant de pages, monter sous nos mains «le poids du monde inéluctable»? Les albums d'animaux mordillent ceux consacrés au jardinage. Loi des séries, la Noire fait de l'œil à la Blanche. Curieux hasard des rayonnages, tous un peu chantournés. Si l'on y servait du vin, ce serait en pichet... Pour l'heure, on y feuillette le Goncourt et le Renaudot - il y a pire ! Mais tant d'autres trésors nous font signe - ceux qui restent longtemps sur les rayons, ceux des poètes, à droite en entrant, petit jardin secret - un peu de curé, oui. Le Temps qu'il fait chuchote à l'oreille du Dilettante. Sur leur rayon, tout en haut, les Pléiades montent la garde. Le papier bible a ses adeptes. Mais comment résister à l'indicible plaisir de feuilleter La Nouvelle Revue Française ? En bas, Baptiste-Marrey fait l'éloge de la librairie. On est en famille, quoi! C'est fou ce qu'un mètre carré renferme ici d'immensité.

Pascal Commère
            Pascal Commère vit en Auxois. Il a publié poésies et proses chez différents éditeurs. Ses dernières parutions : Bouchères chez Obsidiane, D'un pays pâle et sombre au Temps qu'il fait et maintenant chez ce même éditeur Le vélo de saint Paul

 

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